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Chapitre 29 - Confronter le passé, regarder dans le présent et anticiper le futur

  • il y a 2 jours
  • 8 min de lecture

« Alors que ta mère dévastait notre jardin et intimidait tous nos domestiques, elle prononça ces paroles… »

Otas prit une courte inspiration.

17 ans auparavant, 333 année du calendrier du neuvième Empereur-Dieu de l’humanité.

« Le sang des […] coule à travers ses veines. Tant qu’il survit jusqu’à qu’il devienne un vrai demi-dieu, il sera destiné à devenir un redoutable guerrier que vous le souhaitez ou non. »

Ses cheveux roux s’envolaient au gré des ondes de choc.

Elle regarda longuement et délicatement l’enfant dans ses bras. Ses yeux devinrent embués d’eau.

« Je suis désolée Iris, maman n’est pas assez forte pour te protéger. »

Peu de temps après, elle se ressaisit et se tourna vers Stéphane avec un regard sévère.

« Je n’abandonne pas Iris. Si je survis et que je me rends compte que vous êtes responsable de sa mort… »

À ces mots, Stéphane afficha une grimaça tandis que même lui avait du mal à résister à la pression venant de la femme en face de lui.

Mais il serra les dents et répondit :

« Je te garantis qu’il survivra jusqu’à qu’il se connecte à la seconde dimension. Mais après il ne sera plus sous ma protection. »

Katarina ne semblait pas particulièrement contente.

Mais Stéphane n’en avait pas grand-chose à faire des états d’âme de Katarina.

« Je te rappelle que ton mari a tué la plupart des membres de ma famille ! »

À ces mots, Katarina se calma. Il avait en effet raison.

Puis soudainement, elle regarda le ciel en fronçant les sourcils.

« Ils arrivent. »

Puis elle baissa les yeux, et regarda à nouveau son propre enfant endormi dans ses bras.

C’était sa chair et son sang.

Sa peau semblait particulièrement douce, tandis que son expression montrait qu’il faisait de beaux rêves.

Katarina toucha doucement et délicatement les joues d’Iris une dernière fois, ce dernier dormant toujours profondément.

« Maman t’aime beaucoup et t’aimeras toujours, mon fils. »

« Même s’il arrive quelque chose à maman, elle continuera à veiller sur toi depuis le ciel. »

Elle se mordilla les lèvres et murmura avec difficulté :

« Et je suis désolé mon fils de pas te voir grandir, de ne pas pouvoir jouer avec toi, de ne pas pouvoir rire avec toi. »

Ces paroles déchiquetèrent le cœur de Katarina, quelques gouttes d’eau chaude coulèrent le long de son visage.

À cet instant, elle aurait préféré simplement être une personne ordinaire, et pouvoir s’occuper tranquillement et simplement de son fils.

La mère d’Otas observait sans parler, tandis que Stéphane regardait cette scène sans émotion.

Comme s’il se rendait compte de quelque chose, le bébé pleura faiblement.

Un petit son fragile.

Katarina murmura à voix basse, presque pour elle-même :

« Le sceau commence déjà à s’effriter… s’il reste avec moi, ils le trouveront. »

Otas, toujours effrayé depuis le balcon, et trop jeune, ne comprit pas ces mots.

Mais sa mère, elle, pâlit.

Stéphane resta silencieux.

Elle tendit le bébé vers Stéphane avec d'énormes difficultés. Comme si elle ne tenait pas un bébé de quelques kilos, mais un être de plusieurs tonnes.

« Rassure-toi, il survivra. » murmura Stéphane qui prit Iris, malgré lui, plutôt délicatement.

Il fut lui-même surpris par les paroles qu’il prononça. Il ne pensait pas qu’un jour il rassurerait une des deux personnes qui ont causé la plus grande tragédie qu’ait connu sa famille.

Katarina recula d’un pas, ses mains tremblantes.

« Merci. »

Puis Katarina disparut sur place, comme si elle n’était jamais apparue.

Stéphane resta immobile, le bébé dans ses bras.

Sa femme posa doucement une main sur sa main droite.

Un long silence suivit.

Puis il parla, d’une voix plus basse qu’auparavant.

« Je sais ce que tu veux dire, nous garantissons sa survie mais c’est tout. »

« Ce bébé devra tout de même supporter l’infamie engendrée par ses parents toute sa vie. »

Otas toujours sur le balcon, se souvenait très clairement de toutes les paroles prononcées par ses parents. Son audition avait toujours été son plus fier talent, mais ce jour-là, ce fut le seul jour où il regretta de l’avoir.

« Ce fut également ce jour-là que tu entras dans la famille Vermillon. »

Otas regarda Iris droit dans les yeux.

L’obscurité planait toujours dans la ruelle. Un lampadaire clignotait par intermittence, comme s’il réagissait aux paroles d’Otas.

« Après ça, ils n’ont plus jamais parlé d’elle. Jamais. »

Il marqua une pause.

« Mais moi j’ai compris une chose en grandissant. »

Son regard devint perçant.

« Si mes parents pouvaient te tuer sans conséquence, ils l’auraient fait mille fois. »

Les mots restèrent suspendus dans l’air.

Iris ne répondit pas.

Son regard était vide, fixé sur Otas sans pour autant vraiment le voir. Son souffle tremblait encore du combat, mais ce n’était plus la fatigue qui le faisait vaciller.

Il était confus, très confus.

Les images se mélangeaient dans sa tête.

Un manoir, un manoir où il avait vécu.

Une femme aux cheveux roux, une femme qui avait été totalement effacé de sa mémoire mais avec l’aide d’Otas, il commençait à se souvenir.

Il se voyait dans une petite maison, ses deux parents, un grand chien, qui parfois, lui léchait le visage.

Dans le ciel il n’y avait qu’un seul soleil.

Il ne faisait ni trop chaud ni trop froid. Il habitait sur une planète sur laquelle il faisait vraiment bon vivre.

De temps en temps, du vent soufflait, le rafraîchissant et lui donnant l’impression d’être “en vie”. 

À cet instant, il semblait très heureux, vraiment très heureux.

Puis une autre image apparut dans sa tête.

C’était un ciel couvert de nuages noirs…non de personnes en train de se battre.

Au-dessus de sa maison, dans les airs.

Il tourna la tête, et sa maison était en feu. Elle s’écroula sur elle-même tandis que de nombreuses personnes se battaient à proximité.

Une tête étrange apparut dans ses souvenirs, comme si elle était juste en face de lui.

Elle était joufflue, couverte de poile et il avait une crinière.

Il semblait particulièrement majestueux.

Iris se rendit immédiatement compte de sa race.

« C’est un Léonarc. »

Puis il entendit cette voix du Léonarc :

« Jeune maître, nous vous emmènerons en sécurité. Ne vous en faîtes pas. »

Mais une explosion surgit à côté, et il sentit son corps tombé au sol. Toutefois, il n’eut pas mal, il semblait protéger par un étrange bouclier bleu.

Mais le Léonarc n’eut pas autant de chance, dans sa vision ce dernier ne fut pas blessé par l’explosion. Mais 3 silhouettes apparurent autour de lui.

S’en suivit un combat acharné.

Très peu de temps après, il se sentit à nouveau soulever, il ne savait pas par qui. Il voyait seulement le Léonarc qui l’avait porté juste avant, se battre comme il pouvait face à trois silhouettes.

Il entendait des paroles par intermittence autour de lui.

« Escouade Dragon Rouge, allez assister le maître ! »

« Escouade Dragon Noir, escorter le jeune maître aux coordonnées prévues dans le plan d’urgence C ! »

Il semblait porter par une personne très importante.

« Négatif capitaine, plan d’urgence C annulé ! Le bataillon des Loups Sanglants sur place a été annihilé ! »

Le capitaine resta silencieux un instant.

« Passage au plan d’urgence D ! »

« Le général Zongwi est grièvement blessé ! »

« Merde, envoyer deux escouades le supporter ! »

Le capitaine semblait furieux.

« Capitaine ! Le général… refuse l’assistance ! Il nous ordonne de courir, il compte se sacrifier avec les membres restants des Chasseurs du Vent et des Tigres Fou ! »

Après cela, la mémoire d’Iris commença à devenir confuse. Le son et les images n’étaient plus clair du tout.

Il sentait seulement qu’il était triste, très triste. Il sentait également qu’il avait très peur.

Sa dernière image qu’il avait fut celle du Léonarc qu’il l’avait prise dans ses bras avant l'explosion.

Il le vit se battre avec acharnement, puis alors qu’il n’était presque plus qu’une silhouette sombre…Il vit cette silhouette tomber au sol.

Iris porta lentement sa main à sa poitrine.

« Iris, tu vas bien ? » demanda Longwy, inquiet après avoir vu Iris ne plus dire un mot pendant plusieurs minutes.

Ce temps était particulièrement long dans leur contexte.

Mais Iris leva la main, sans pour autant se lever.

Il mieux ses origines désormais, et aussi son passé.

Pendant toute son enfance, il avait cherché une raison.Pourquoi personne ne réagissait quand Otas le frappait.Pourquoi les domestiques détournaient les yeux.Pourquoi les punitions n’arrivaient jamais pour les autres.Pourquoi les regards devenaient froids quand il entrait dans une pièce.

« Pendant des années, je pensais simplement être indésirable. Mon existence ajoutait de la valeur ajoutée à la belle image de sa famille mais je ne valais ni leur temps ni les ressources par rapport à ce que je leur apportais. »

« Mais maintenant… tout s’assemble. »

« Ils n’ignoraient pas, ils toléraient. »

Puis Iris secoua la tête.

« Ou il serait plus précis de dire qu’ils laissaient faire. Car c’était l’ordre naturellement des choses. »

« Mes parents ont semé, et j’ai récolté. »

Une sensation étrange naquit en lui. Pas de la colère. Pas de la tristesse.

Quelque chose de pire :

Une logique.

« Alors c’était normal. »

Iris n’affichait plus aucune émotion sur son visage.

Il commença à murmurer :

« Normal qu’on me prive de nourriture plus jeune. »« Normal qu’on m’enferme dehors une nuit en plein hiver. »« Normal qu’Otas ne soit jamais puni même s’il me frappait jusqu’à que j’en perde des dents »

Son visage n’affichait aucune émotion.

« Parce que je n’étais pas censé être heureux là-bas. »

« J’étais censé survivre. »

Seulement survivre.

Ses doigts tremblèrent légèrement.

Il repensa soudain à une autre personne.

Sa demi-sœur.

Lyris.

Son regard doux et délicat, avec sa voix toujours teinté d’inquiétude.Les fois où elle lui avait discrètement laissé de la nourriture. Les fois où elle intervenait…mais très souvent après qu’il se soit déjà fait tabasser.

Son cœur se serra.

« Est-ce qu’elle savait… ? »

« …Ou est-ce qu’elle avait toujours su ? »

Ses lèvres s’entrouvrirent légèrement sans qu’aucun son ne sorte.

Pour la première fois, Iris ne savait pas quoi ressentir envers quelqu’un.

Colère ?Gratitude ?Trahison ?

Otas, toujours au sol, l’observait. Son regard n’était plus provocateur. Presque fatigué.

En même temps, il se sentait libéré d’un poids.

C’était le poids du passé.

« Tout ce que tu as vécu jusqu’à aujourd’hui, tu l’as mérité. » dit Otas d’un ton las.

Ses parents lui avaient raconté une partie de la vérité sur sa famille, sans savoir qu’il avait entendu leur conversation avec Katarina.

Il connaissait les coupables du malheur de sa famille, et pire encore, la progéniture de ces coupables vivait dans sa maison.

Il lui semblait évident qu’il ne le laisserait pas vivre une telle paisiblement.

Personne ne parla pendant plusieurs secondes.

Puis Iris inspira lentement.

Son regard retrouva peu à peu de la netteté.

Il ne regardait plus le passé.

Il regardait le présent.

« Lyris, est-ce qu’elle sait ? » demanda-t-il à Otas.

Ce dernier confronta Iris du regard.

« Je ne pense pas. »

Cela fit pousser un soupir de soulagement mental à Iris, le détendant inconsciemment.

Puis ses sourcils se raffermirent.

« Ma famille, elle a été attaquée. » murmura-t-il.

Mais il murmura seulement tellement bas que même Otas n’entendit rien, sans parler des autres.

« Qu’est-ce que tu murmures ? » demanda Otas, perplexe.

Mais Iris l’ignora totalement.

Cette fois, il regarda vers le futur, son avenir.

« Je dois découvrir la vérité, qu’est-ce qu’il s’est passé il y a 17 ans ? »

« Je dois découvrir où sont mes parents, s’ils sont toujours en vie. »

« Pour cela, je dois devenir plus fort…»

Plus il se prêtait des serments, plus Iris se redressait du sol.

« Non seulement je dois devenir plus fort, mais je dois aussi avoir mon propre pouvoir. »

« Si mes parents sont toujours en vie, tant mieux. »

« Sinon… »

Seconde dimension, territoire des Léonarcs.

« Père, regarde le ciel. » 


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