Chapitre 18 - Détermination sans faille
- Kasuma
- il y a 4 jours
- 6 min de lecture
Le temps passa sans qu’il ne s’en rende compte.
À quelques mètres de là, Marcos venait de terminer une série d’exercices. Son torse était couvert de sueur, et ses bras massifs semblaient encore vibrer d’effort.
Il discutait brièvement avec deux autres membres, partageant quelques remarques sur les nouveaux arrivants, les patrouilles à venir et les problèmes de territoire.
Mais malgré la conversation, son regard dérivait régulièrement vers l’angle de la salle.
Là où Iris lisait sans bouger, parfaitement concentré.
« Il ne relève même pas la tête. » commenta un des membres à côté de lui, amusé.
« La plupart des personnes ne peuvent s’empêcher de regarder l’horloge toutes les quelques minutes à cause de la pression. » Tout en disant cela, le membre regarda son camarade d’un air taquin.
Ce dernier lui jeta un simple coup d’œil avant de répondre simplement :
« Tandis que d’autres semblent s’énerver tout seul à cause de la complexité des dessins. »
Les deux hommes commencèrent à se regarder avec des regards provocants, comme s’ils allaient se battre à tout moment.
Marcos esquissa un sourire en entendant ces camarades se taquinés. Mais ils n’avaient pas tort, il était plutôt rare d’avoir un nouveau membre du gang qui pouvait se concentrer aussi intensément, surtout dans un environnement aussi bruyant.
Après tout, si ces personnes avaient la patience pour bien étudier, ils auraient focalisé leurs efforts sur leurs études pour intégrer une bonne école puis obtenir un travail bien rémunéré à l’avenir.
Ils n’avaient pas besoin de risquer leur vie au sein d’un gang.
Ignorant les deux autres membres du gang, Marcos attrapa une serviette sur un banc, s’essuya rapidement le visage avec, puis se dirigea vers le coin où se trouvait Iris.
Ses pas résonnaient légèrement sur le sol, mais le jeune garçon ne remarqua rien : il était plongé dans sa lecture, complètement absorbé.
Lorsque Marcos arriva finalement juste devant lui, il resta quelques secondes immobile, observant Iris tourner une page avec une lenteur calculée, presque… respectueuse ?
Une expression extrêmement rare chez des gangs, ce qui perturba Marcos pendant quelques secondes.
« Le temps est écoulé. » finit par dire Marcos après une courte contemplation.
Ce n’est qu’à ce moment-là qu’Iris finit par lever les yeux, et rencontra ceux de Marcos.
« Maintenant place à la pratique. » commenta Marcos, sans trop d’émotions.
Il ne voulait pas qu’Iris prenne trop de confiance en lui. Car ce sont toujours les personnes les plus confiantes qui meurent rapidement, parfois bêtement ou par sacrifice pour les autres.
Cela devenait presque un instinct pour ces personnes avec un peu de talent de protéger les autres membres du gang après seulement quelques années d’entraînement.
Cela fit que ironiquement, ceux qui atteignaient le sommet dans les gangs n’étaient peut-être pas très talentueux, mais ils étaient souvent dotés d'une conviction profonde, d’une détermination pour pratiquer les arts martiaux très élevés ainsi qu’une intelligence au-dessus de la moyenne.
En résumé, ils ne valaient mieux pas les offenser.
Marcos n’eut besoin de dire quoi que ce soit d'autre, Iris se leva immédiatement sans jeter un second coup d’œil au livre.
Cet action également rare ; habituellement de nombreuses personnes jetaient un dernier coup d’œil, particulièrement sur les premières pages du livre des Poings d’Aciers.
Ne pas regarder davantage montrait une certaine confiance en soi.
« Mets-toi devant le sac. N’essaye pas de mobiliser ton prosapia. Exécute les bases. Uniquement les bases. »
Iris acquiesça, son cœur battant fort, tout en se plaçant devant un sac libre.
Ses doigts serrés.
Les pieds ancrés.
Marcos vint se placer derrière lui, comme une ombre massive.
Le premier direct partit.
Faible. Tremblant.
Le second fut légèrement meilleur.
Le troisième fit vibrer un peu plus le sac.
Au bout d’une demi-heure, Iris haletait déjà, les bras lourds, les jambes brûlantes.
Mais il ne s’arrêtait pas.
Marcos ne comptait pas le laisser s’arrêter non plus.
« Continue. Tu veux apprendre ? Alors tu frappes. Tu t’ancreras en frappant. Tu respireras en frappant. Tu comprendras en frappant. »
Les minutes s’étirèrent, se rassemblèrent et devinrent une heure. La transpiration d’Iris s’écoulait comme une cascade d’eau tandis que la douleur de frapper un sac à mains nues commençait vraiment à être insupportable.
Puis deux. Du sang commençait à couler de ses phalanges.
À la troisième heure, Iris semblait au bord de l’épuisement tandis que ses poings étaient couverts de sang.
Même si Iris était un demi-dieu, son physique n’était pas bien plus fort que celui d’un mortel ordinaire.
Mais Iris resta silencieux, et continua de frapper tandis que Marcos l’observait.
Mais c’était justement à ce moment-là que quelque chose changea.
Les membres des Poings d’Acier, qui s’entraînaient autour, commencèrent à jeter des coups d’œil.
Un lycéen, si maigre et à peine arrivé, qui ne prenait même pas de pause ?
Qui frappait encore et encore sans se plaindre, sans crier, sans gémir ?
Même dans ce gang connu pour sa brutalité, c’était rare.
« Hé, c’est qui ce môme ? » murmura un colosse tatoué.
« Il s’entraîne depuis quand ? »
« Depuis 9h. »
Quelqu’un regarda l’horloge et haussa les sourcils de surprise.
« Mais il est déjà midi ? »
Des sifflements impressionnés fusèrent.
Marcos, lui, gardait les bras croisés, mais son expression était de plus en plus difficile à lire.
Il ne s’attendait pas à ce qu’Iris tienne aussi longtemps.
« Cette détermination, cette persévérance… »
À la quatrième heure, quelque chose changea dans l’air.
La sueur dégoulinait littéralement du visage d’Iris, imbibant ses cheveux, trempant son t-shirt.
Son visage était rouge, brûlant.
Sa respiration était rauque, presque sifflante.
Une partie de la salle s’était complètement arrêtée.
D’autres, qui venaient d’arriver et cherchaient un sac libre, s’arrêtèrent net en voyant le jeune garçon frapper sans relâche.
Certains chuchotaient.
D’autres observaient.
Et malgré tout, Iris continuait calmement.
Selon un rythme stable, presque terrifiant avec son épuisement et sa condition physique actuelle.
Un coup.Puis un autre.Et encore un autre.
Chacun moins contrôlé que le précédent, mais tous portés d’une volonté implacable.
« Arrête-toi si tu veux. » lança calmement Marcos à un moment.
Iris ne répondit pas. Il n’avait pas l’énergie pour parler.
Alors il répondit par ses actions.
Il frappa.Encore.Et Encore.
Dans sa tête, Iris savait qu’il pouvait encore frapper.
« Je veux devenir plus fort. Si je veux devenir plus fort, je ne peux pas compter uniquement sur mon talent. Mon talent ne sera qu’une aide auxiliaire sur mon chemin pour devenir un Dieu. »
Iris ne voulait pas devenir le genre de Dieu qui possédait la force mais pas le courage et la détermination qui allait avec ce statut.
Et il sentait également qu’il ne pourrait pas devenir un Dieu en comptant uniquement sur son talent.
Marcos pinça légèrement les lèvres.
« Qu’est-ce que ce gamin à bien pu vivre pour être aussi tenace à un tel âge ? »
La résilience d’un individu n’était pas généralement quelque chose d’innée. Tout comme personne ne naissait avec le tempérament d’un guerrier.
À la cinquième heure, Iris n’était plus vraiment conscient.
Ses coups ne ressemblaient plus à grand-chose.
Son poing rata même le sac une fois, et il faillit tomber à cause de l’élan.
Mais il se rattrapa de justesse.
Ses jambes tremblaient comme si elles allaient céder d’un instant à l’autre.
Mais il continua.
Puis soudain, tout son corps sembla perdre sa force d’un seul coup.
Il vacilla.
Marcos, qui se tenait à un mètre, bondit immédiatement pour le rattraper avant qu’il ne s’écrase au sol.
Il resta silencieux, tout comme les nombreux membres du gang présents qui regardaient ce lycéen complètement fou en train de s’entraîner.
Pendant un moment, même une mouche pouvait être entendue voler dans la salle d’entraînement occupée par plus d’une trentaine d’individus costauds.
Finalement Marcos cassa l’ambiance.
«Hey, Iris. Réveille-toi. » dit-il légèrement tout en tapotant légèrement la joue d’Iris.
« Ne dors pas maintenant… C’est le meilleur moment pour manger, tu dois renforcer ton corps quand il en a le plus besoin. Tu…»
« Laisse-le. »
Une voix calme et posée interrompit Marcos.
Elias venait d’apparaître, comme sorti de nulle part.
Son regard se posa sur Iris, puis sur Marcos.
« Ne t’en fais pas. Il peut se reposer légèrement avant de manger. Ce n’est pas comme s’il était nécessaire de manger directement après un entraînement. Tant que cela ne dépasse pas une heure, cela n’aura aucun impact. »
Marcos grogna, pas vraiment d’accord, mais pas non plus prêt à discuter avec Elias.
En effet, c’était Elias qui venait d’apparaître.
« Hmph… si tu le dis. »
Marcos souleva Iris comme s’il ne pesait rien.
Le jeune garçon, inconscient, avait encore le poing légèrement fermé, comme s’il voulait continuer à frapper même dans son sommeil.
Elias esquissa un rare sourire.
« Ce gamin… il va aller loin. Très loin. »
Il était présent depuis 3 heures maintenant, après tout il avait Iris sous sa responsabilité. Il ne pouvait pas le laisser en liberté dans ce nouvel environnement sans le surveiller.
À cela, Marcos était bien d’accord.
Et dans la salle, les murmures continuaient, de plus en plus nombreux :
« C’est quoi ce monstre ? »
« Je me souviens que j’avais tenu une heure à l’époque, et j’avais déjà fait bonne impression, mais 5 heures ? Même aujourd’hui, après avoir risqué ma vie à plusieurs reprises, je ne pense pas que j’en serai capable. »
« On a récupéré un vrai bijou. »



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