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Chapitre 23 - Je suis chanceux

  • Photo du rédacteur: Kasuma
    Kasuma
  • 26 janv.
  • 6 min de lecture

« Demain, je marquerai mon retour. »

À peine quelques heures plus tard, Iris se présenta de nouveau devant les grandes portes de l’école.

« C’est si beau…et si apaisant. » pensa Iris, un léger sourire apparut sur ses lèvres alors qu’il sentait quelques courants d’air effleurer sa peau.

Après ce qu’il venait de vivre, le bâtiment lui parut presque irréel.

Il était si propre et l’atmosphère semblait si paisible.

Comme si ce lieu appartenait à un monde différent de celui qu’il avait côtoyé durant une semaine entière.

Il franchit le seuil entouré d’innombrables étudiants, qui discutaient joyeusement dehors.

« Il y a tellement de monde, je me demande comment ça se passe pour eux l’évolution de leur tribu ? »

Dans les couloirs des élèves en dernière année, de nombreux élèves circulaient déjà.

Mais contrairement à ce qu’il avait imaginé, peu semblaient différent par rapport à auparavant.

La plupart avaient simplement l’air plus fatigués, et..plus inquiets aussi ?

« Pourquoi faire de telles têtes ? Ce n’est pas censé être un événement joyeux d’avoir sa propre tribu ? »

Puis soudainement Iris pensa à quelque chose en se remémorant certaines anciennes leçons.

Iris ralentit légèrement le pas en traversant le long couloir principal.

Autour de lui, des groupes d’élèves s’étaient formés spontanément, certains assis contre les murs, d’autres appuyés contre les fenêtres, tous plongés dans des discussions animées mais chargées d’une tension inhabituelle.

Il tendit instinctivement l’oreille.

« …je te jure que ça a duré moins de deux ans. »

Iris tourna légèrement la tête.

Deux élèves discutaient à voix basse près d’une fenêtre. Une fille aux cheveux courts fixait le sol, les poings serrés sur ses genoux.

 « J’avais une tribu de nains… » dit-elle après un court silence.

 « Des nains ? Sérieux ? C’est plutôt bien comme départ pourtant… » intervint son amie avec une expression incrédule.

La première jeune fille esquissa un sourire amer.

« C’est ce que je croyais aussi. Ils vivaient dans des galeries souterraines, et ils étaient assez organisés et même plutôt vaillants… Juste ils n’étaient pas fort pour trouver de la nourriture alors j’ai passé la première journée à stabiliser la situation. Je leur ai appris comment cultiver des légumes ainsi que quelques techniques pour poser des pièges. »

Elle releva lentement la tête.

 « Mais durant la deuxième année, une armée de demi-humains lézards est arrivée. »

Son amie se figea.

« Une armée… c’est-à-dire ils étaient combien ? »

Celle qui racontait l’histoire hocha la tête, les lèvres tremblantes.

« Au moins un millier. D’abord il y a eu des éclaireurs puis des guerriers lézards. Ils avaient même des bêtes dressées… Mes nains… » Sa voix se brisa légèrement.

« …Ils n’ont même pas compris ce qui leur arrivait. »

Un long silence suivit.

« Et toi ? » demanda doucement la jeune fille après avoir fini de raconter son histoire.

Son amie secoua la tête.

« Plus ou moins pareil, ma tribu a été annihilée, donc mon chemin vers la divinité est aussi coupé. » Elle lâcha un rire sec.

Iris détourna doucement le regard et continua d’avancer.

Un peu plus loin, un groupe de trois garçons parlait d’une voix plus forte, mais leurs visages étaient tout sauf joyeux.

« Franchement, j’ai cru que ça allait passer… »

« Et alors ? Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Un garçon aux cheveux blonds se frotta nerveusement les mains.

« Ma tribu était composée de petits hommes-renards. Ils étaient franchement plutôt intelligents et c’étaient des chasseurs innés. »

« Il s’est passé quoi alors, ils ont été attaqués ? »

Il hocha puis secoua lentement la tête.

« Pas par une tribu. Par la famine. »

Les deux autres restèrent silencieux.

« Une tribu de gobelins a encerclé ma tribu sans l’attaquer. Au début, ma tribu a envoyé des hommes pour se battre et briser la situation, mais les gobelins fuyaient automatiquement. »

Un des camarades ne comprenait pas et demanda :

« C’est une bonne nouvelle alors non ? »

Le jeune homme aux cheveux blonds secoua immédiatement la tête, tout en se mordant les lèvres en se remémorant la scène.

« S’ils osaient ramener de la nourriture après avoir percé l'encerclement, alors les gobelins intervenaient directement, souvent en faisant fuir les proies ou en les protégeant. À cause de cela, les réserves de nourriture de la tribu ont diminué rapidement. »

Il inspira profondément.

 « Mes croyants ont commencé à mourir un par un. D’abord les enfants… puis les anciens… puis même les guerriers. »

« Et maintenant ? »

« Il en reste six. Six sur presque cent. »

Sa voix devint rauque.

« Et ils ne me regardent plus comme un dieu. Ils me regardent comme… comme quelqu’un qui les a abandonnés. »

« Ils ont perdu tout espoir, et il leur fallait bien désigner quelqu’un responsable pour cette situation. »

« Moi qui suis apparu peu de temps avant cette catastrophe, j’étais un bon bouc émissaire. »

Un silence pesant s’installa.

« Je vais bientôt pouvoir descendre à nouveau pour utiliser l’incarnation du Paragon, mais qu’est-ce que je peux faire maintenant ? » murmura-t-il, remplis de désespoir.

Iris sentit une légère tension lui serrer la poitrine.

Mais il poursuivit son chemin, après tout ce n’étaient pas ses affaires et surtout il était habitué à agir de la sorte.

Montrer un autre comportement pourrait susciter de la colère de ces élèves qui pourraient trouver un exutoire à leurs émotions. Un instant ils pouvaient être triste, et au moment suivant en colère.

Bien que maintenant Iris n’avait plus peur de cela, cela faisait toujours partie de sa nature d’éviter les problèmes s’il n’y avait aucun avantage à les chercher.

Puis, soudain, une voix beaucoup plus vive attira son attention.

« Franchement, j’ai eu une chance monstrueuse ! »

Iris s’arrêta presque malgré lui.

Un garçon brun, entouré de ses amis, gesticulait avec enthousiasme devant plusieurs camarades attentifs.

« Mon territoire est collé à une immense forêt. Mais genre… une immense forêt ! Pleine de bêtes sauvages, de rivières, de fruits étranges… »

« Sérieux ? Aucune tribu hostile ? » écarquilla un des élèves, les yeux écarquillés.

Il éclata de rire.

« Rien du tout ! Juste des animaux ! »

Les autres le regardaient avec un mélange d’envie et d’incrédulité.

« Mes fidèles sont des humains assez organisés. En trois ans, ils avaient déjà commencé à planter des légumes, construire des palissades, et même commencé à domestiquer des bêtes sauvages. »

Les autres élèves étaient extrêmement jaloux, au plus grand bonheur du garçon brun. Jamais auparavant il n’avait été autant le centre d’attention.

« Merde t’as tellement de chance ! Non seulement t’as des humains mais en plus l’environnement est parfait ! »

« Et niveau pertes ? » demande un autre.

Il leva fièrement trois doigts.

« Trois morts en 7 ans. Tous de vieillesse ou maladie. »

Un murmure parcourut le groupe.

 « T’as une idée de la chance que t’as… »

Il haussa les épaules, toujours souriant.

« Ouais… Avec autant de nourriture et zéro menace… ma tribu va croître à une vitesse folle. »

Les regards envieux se multiplièrent.

Iris resta immobile quelques secondes.

« Une forêt riche… pas de tribus hostiles… »

« Dans ce genre de conditions… même un cochon aurait la chance de devenir un Dieu. »

Il sentit à quel point le hasard jouait un rôle cruel durant les premières années.

Certains perdaient tout en une nuit.

D’autres luttaient contre la famine.

Et quelques rares…

tombaient sur un paradis naturel.

Dans certains événements, à leur place et même avec son talent divin, il n’aurait peut-être pas pu survivre.

Il reprit sa marche, plus silencieux encore.

Plus il avançait, plus il entendait des fragments de phrases similaires :

« …ma tribu a fui vers le nord… mais ils sont tombés sur des géants… »

« …j’ai perdu la moitié de mes fidèles à cause d’une éruption volcanique. »

« …une maladie inconnue… impossible à soigner… »

Partout, la même réalité.

Les sept jours venaient de trier brutalement qui pourraient devenir des dieux ou non.

Et cela sans pitié.

Iris serra légèrement les poings le long de son corps.

Puis un calme étrange l’envahit.

« Alors… je fais déjà partie des chanceux. »

« Moi un chanceux ? Qui l’eut cru ? »

Il leva les yeux vers les puits de lumière de l’école, où la lumière du matin pénétrait doucement.

« Mais ce n’est que le début… »

Et pour la première fois depuis son retour…

Il comprit pleinement.

Dans cette école, derrière des sourires, derrière des uniformes impeccables…

Se cachaient déjà des centaines de destins brisés.

Seuls ceux qui sauraient transformer ces sept jours en fondation solide auront encore le droit de rêver à la divinité.

C’était la cruelle réalité de la planète Xaya.

La majorité des élèves n’étaient pas des prodiges.

Ils étaient ordinaires.

Et pour un demi-dieu ordinaire, réussir à faire légèrement progresser sa tribu en sept jours était déjà considéré comme un véritable succès.

Iris entra dans la classe, et s’installa discrètement à sa place.

Personne ne lui accorda d’attention particulière.

Aux yeux de tous, il n’était qu’un élève parmi tant d’autres.

Personne n’aurait pu deviner ce qu’il venait de traverser durant ces 7 jours.

Peu de temps après, la porte de la salle s’ouvrit.

Un professeur entra.

Un homme aux cheveux grisonnants, au regard calme mais profondément pénétrant, comme s’il pouvait mesurer d’un simple coup d’œil la situation de chacun.

Le silence s’installa aussitôt.

« Bien… » commença-t-il lentement.


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