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Chapitre 32 - Coup de pression

  • 5 avr.
  • 7 min de lecture

Le cadeau se dévoila peu à peu.

À l’intérieur reposait un collier noir.

La corde semblait tressée à la main, solide mais souple. Au centre pendait une dent blanche légèrement courbée, polie avec soin. Elle n’était pas parfaitement symétrique, ce qui lui donnait un aspect brut et authentique.

Iris prit délicatement entre ses doigts le collier.

« C’est… »

Il ne termina pas sa phrase.

Longwy bomba légèrement le torse.

« La corde, c’est moi. »

Iris leva les yeux, surpris.

« Sérieux ? »

« Ouais. J’ai utilisé de la fourrure animale traitée. C’est résistant, ça ne s’oxyde pas avec l’eau puisque ce n’est pas du métal ou un alliage et donc ça tient longtemps. Ma mère m’a aidé à la travailler et à la tresser correctement. »

Iris cligna des yeux.

Il observa de plus près le tressage. Les fibres étaient régulières, serrées, bien que ce ne soit pas parfait, c’était déjà du très bon travail.

« Je ne pensais pas que tu avais un côté si… délicat. »

Mathis éclata immédiatement de rire.

« Délicat ?! Tu parles du même type qui a bouché les toilettes d'ici ? »

« Hé ! » protesta Longwy.

« Je peux être raffiné quand je veux. » continua-t-il en marmonnant.

Noé souriait tranquillement.

Iris passa son pouce sur la dent.

« Et cette dent… elle a une signification particulière ? »

Noé se redressa légèrement.

« Oui, elle vient de ma planète natale. »

Son ton était calme, avec une pointe de nostalgie.

« C’est une dent provenant d’un poisson rare. Chez nous, on raconte que ces poissons peuvent survivre aux tempêtes les plus violentes, aux catastrophes naturelles, aux monstres marins… à tout. »

Iris écoutait attentivement.

« On dit que porter une de leurs dents protège contre les malheurs de la vie. Par contre, ça ne protège pas contre les coups de poings. », précisa-t-il en regardant brièvement les blessures d’Iris.

Les autres à tables rirent à ses paroles.

Mais Noé était très sérieux.

« Ça protège contre ce qui est invisible à l'œil nu. »

Un silence léger s’installa suite à ses paroles. Tout le monde respectait les croyances de chacun.

Iris serra doucement la dent entre ses doigts.

« Tu crois à ça ? »

Noé haussa les épaules.

« Je crois surtout que certaines choses valent la peine d’être portées. »

Visiblement il ne souhaitait pas débattre de ce sujet pendant un événement si heureux.

Longwy hocha la tête avec sérieux, montrant son accord avec les paroles de Noé.

Souhaitant changer un peu l’ambiance de la table, Mathis pointa du doigt une partie précise du collier.

« Regarde par là. »

Suivant son regard, Iris remarqua immédiatement un petit système métallique qui reliait parfaitement la dent au tressage noir. Les fixations étaient fines, discrètes, mais solides.

« C’est moi qui ai travaillé le métal pour faire cette attache. »

Iris sembla encore plus surpris.

« Tu sais faire ça ? »

Mathis hocha la tête.

« J’ai quelques connaissances en métallurgie. Je travaille parfois en ville pour réparer des pièces, des serrures, des mécanismes. Ça paye plutôt bien. »

Iris observa l’attache de plus près.

C’était vraiment propre.

« À quel point c’est solide ? » demanda-t-il.

Mathis afficha un sourire confiant.

« Si tu arrives à le casser, je t’offre un nouveau gâteau d’anniversaire. »

« Vu comment c’est un rat, ça ne cassera jamais », commenta immédiatement Noé, à voix basse.

Un rire collectif éclata autour de la table.

« Bon qu’est-ce que t’attends Iris pour essayer ton cadeau ? »

Iris hocha la tête, puis sans hésitation, il passa le collier autour de son cou.

La dent se posa contre sa poitrine.

Froide au début.

Puis, étrangement rassurante.

Il leva les yeux vers ses amis qui le regardaient avec de légers sourires.

« Merci. »

Mais au même moment où il dit cela, il entendit des paroles.

Non c’était des prières, Iris en recevait très régulièrement et les triait instinctivement. C’était un talent que tout demi-dieu et dieu devait posséder.

Tout comme une personne normale savait comment respirer instinctivement.

Mais cette fois, il fut interloqué.

« Dieu, aidez-nous ! Nous sommes en danger ! »

Iris connaissait très bien cette voix, c’était un Léonarc père de deux enfants, nommé Marc. Sa femme était décédée lors de l’attaque contre le nid gobelin.

Ses deux enfants étaient maintenant devenus des guerriers, aussi fort que leur père, le fils ainé semblait même bien plus fort.

Sans perdre un seul instant, Iris plongea immédiatement sa conscience dans la seconde dimension.

Dans le village c’était la panique, tous les guerriers commencèrent à s’armer pour protéger le village contre l’invasion imminente de gobelin.

Comme un réflexe inconditionnel, Iris vérifia rapidement le recensement de croyants et de membres dans la tribu Léonarc.

[Affichage du panneau des croyants en comparaison d’il y a 8 jours]

Non-croyant : 1 --> 10

Croyant superficielle : 83 --> 150

Véritable croyant : 12 --> 11

Fanatique : 0

Saint : 0

Total : 171

« La foi générée est de 26 unités par jour, à ce rythme-là, je ne passerais jamais au deuxième tour avant l’exam dans 19 jours. »

[Royaume : demi-dieu (premier tour) (244,7/2000)]

Sans parler de l’attaque imminente, Iris eut soudainement un coup de pression. Il l’avait temporairement ignoré jusque là en pensant que le plus important était renforcer la capacité d’indépendance de sa tribu.

Mais en le faisant, la quantité de foi généré était trop impacté.

En effet, même au début, le chemin pour divin n’était pas si simple et exigeait d’être patient et de prendre de bonnes décisions, sans quoi il était possible d’être rapidement à la traîne par rapport aux autres demi-dieux.

Si on aidait trop sa tribu, celle-ci devenait trop faible mentalement et trop dépendante de son Dieu.

Mais si on ne l'aidait pas assez, les véritables croyants resteraient à un niveau très faible, tout comme la quantité de foi générée.

Devant Iris, alors que le décor de la pizzéria avait été remplacé par la lueur orangée des deux soleils emblématique de la seconde dimension déclinant à l’horizon.

En dessous de lui, les Léonarcs s'affolaient dans le village.

Et ils avaient raison.

Le spectacle qui s’offrait au loin était terrifiant. À l’orée de la forêt, l’ombre semblait vomir des gobelins par centaines.

Encore plus effrayants, ces gobelins semblaient organisés.

Des gobelins plus imposants, vêtus de cuir bouilli et brandissant des lames en métal rouillé, hurlaient des ordres à une masse de gobelins frénétiques.

« Maintenez la ligne ! » rugit Yone. Le chef Léonarc, bien que marqué par les années, dégageait une aura de puissance brute. À ses côtés, Katy et Tengus s’activaient, plaçant des archers sur les toits des huttes et les guerriers devant les palissades renforcées.

En effet, les Léonarcs avaient appris à fabriquer des arcs et des flèches bien que ce ne soit que des articles de faible qualité.

Mais leur létalité à moins de 20 mètres n’étaient pas à sous-estimer.  

Et effectivement, en 10 ans, le village avait également énormément évolué.

C’était passé d’un petit campement nomade à une véritable petite forteresse en bois.

Bien que comparé à une ville du Moyen-Âge cela ne valait pas la peine d’être mentionné, mais en sachant que ces Léonarc n’étaient pas particulièrement doué en construction en plus du fait qu’ils n’avaient personne pour leur enseigné, c’était déjà une étonnante progression de la technologie défensive.

Même des humains ne sauraient faire beaucoup mieux avec les mêmes moyens. Et considérant la force physique des humains ainsi que leurs volontés très fluctuantes en fonction des circonstances, le résultat aurait même pu être bien pire.

Pour cela, Iris était fier de sa tribu.

Marc, le Léonarc qui avait appelé à l'aide, était au premier rang, juste devant les palissades renforcées de deux mètres de haut.

Ces palissades avaient pour but d’empêcher que des gobelins n’attaquent les enfants et les vieilles personnes de la tribu durant la bataille.

Ses deux fils, les muscles saillants et le regard fixe, serraient leurs lances. La peur était là, palpable, mais elle était surmontée par une résolution farouche : personne ne franchirait ce seuil.

Iris pouvait entendre le tumulte du village s’intensifier à chaque seconde qui passait.

Les cris, les pas précipités, le bruit du bois que l’on déplaçait en urgence… tout se mélangeait dans une cacophonie tendue, presque suffocante. Pourtant, au milieu de ce chaos grandissant, une figure restait droite, immobile, ancrée comme un pilier que rien ne pouvait ébranler.

Yone.

Son regard balayait le champ de bataille naissant avec une précision froide, évaluant chaque détail, chaque position, chaque faiblesse potentielle.

« Laios, Teris, renforcez cette section ! » lança-t-il d’une voix grave en pointant une portion légèrement fragilisée de la palissade.

« Les pieux de la palissade ne sont pas assez enfoncés à cause du terrain, s’ils chargent ici, ça ne tiendra pas longtemps ! »

Deux Léonarcs acquiescèrent immédiatement et se mirent à l’ouvrage sans discuter, leurs mouvements rapides mais nerveux.

Tout comme les enfants de Marc, c’était des Léonarcs qui n’avaient pas encore connu de vraies batailles à grande échelle.

Évidemment, tous les Léonarcs avaient ici avaient déjà tué au moins un gobelin personnellement.

Yone avait strictement entraîné chaque Léonarc pour qu’ils ne soient pas de total novice sur le champ de bataille.

Les Léonarcs était une tribu de guerriers, et cela ne changerait jamais.

Yone tourna ensuite brusquement la tête.

 « Archers ! Pas de tirs inutiles ! »

Sa voix claqua comme un fouet.

« Attendez qu’ils soient à portée efficace, visez les chefs en premier ! Ce sont eux les plus dangereux ! »

Sur les toits des huttes, les archers se repositionnèrent, certains essuyant la sueur qui coulait sur leur front.

Katy descendit d’un toit d’un bond souple et s’approcha de Yone.

« Ils sont trop nombreux… » murmura-t-elle, le regard fixé sur la marée sombre au loin.

Yone ne répondit pas immédiatement.

Il inspira lentement, puis déclara d’une voix basse mais empli de résolution :

« Ils ne seront jamais assez nombreux pour éteindre l’esprit combatif d’un Léonarc. »

En entendant cela, Katy regarda son mari.

Ce dernier se tenait le dos droit, son regard droit vers la menace.

La luminosité des deux soleils berçait sa silhouette.


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